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23 mai 2012


Un travail pour construire sa vie, pas pour la détruire…

[27 avril 2007 - 08h55]

« Ce sont les risques du métier » a-t-on l’habitude de lire ou d’entendre… Cette expression, l’Organisation internationale du Travail, l’OIT, l’estime désormais intolérable ! Pourtant d’après ses estimations, chaque année dans le monde plus de 2 millions de femmes et d’hommes meurent encore d’une cause liée au travail : 350 000 dans des accidents, et 1,7 million d’une maladie professionnelle.

Cela fait tout de même 6 000 morts chaque jour ! Un chiffre insupportable pour l’agence des Nations-unies chargée d’assurer à chacun la possibilité de gagner sa vie dans la liberté, la dignité et la sécurité.

A l’occasion de la Journée mondiale sur la Santé et la Sécurité au travail qui se déroule ce 28 avril, l’OIT rappelle son objectif majeur : faire du travail décent une réalité. Autrement dit, d’atteindre à la mise en place de lieux de travails sûrs et sains pour tous.

Tout aussi intolérables, les 270 millions d’accidents du travail et les 160 millions de cas de maladies professionnelles recensés chaque année sur la planète… Des données qui seraient d’ailleurs largement sous-estimées, en raison de la difficulté de leur collecte dans certains pays. Un exemple ? Chaque année, les autorités indiennes dénombrent « officiellement » 220 accidents mortels du travail. Or d’après l’OIT, il y en aurait en réalité 200 fois plus…

Qu’en est-il en France ? En 2005, la branche Accidents du Travail et Maladies professionnelles de la Caisse nationale d’Assurance-maladie a indemnisé 1,4 million d’accidents du travail. Dont près de 700 000 ont donné lieu à un arrêt de travail.

L’amiante, une bombe à retardement

Mais surtout, 482 personnes sont décédées en France à la suite d’un accident du travail. Un chiffre en constante diminution depuis maintenant plusieurs décennies. En revanche, celui des maladies professionnelles ne cesse d’augmenter.

En 2003, près de 35 000 cas de maladies professionnelles ont été reconnues en France. Pour rappel, en 1998, seules 15 000 avaient été déclarées. Et cette explosion ne s’explique pas seulement par l’élargissement du nombre des maladies reconnues…

La meilleure information des médecins et des salariés entre également en ligne de compte. Sans oublier bien sûr le dossier « amiante ». Celui-ci est assimilable, en France et quelques autres pays, à une véritable bombe à retardement… Entre 2010 et 2015, les experts estiment que les cas de mésothéliome de la plèvre occasionnés par l’amiante, pourraient augmenter de 25% tous les 3 ans.

Outre l’amiante, les troubles musculo-squelettiques, les TMS, concentrent à eux seuls les deux-tiers des maladies professionnelles. Les TMS ? Ce sont les douleurs dorsales ou lombaires, les maladies inflammatoires des poignets, des coudes ou des genoux…

Le nombre de cas augmente de façon exponentielle. De 20% par an environ, pour toutes ces maladies dont la plus fréquente est le syndrome du canal carpien. Lequel justifie plus de 80 000 interventions chirurgicales chaque année en France.

Mais depuis quelques années, l’OIT relève aussi, dans de nombreux pays dont la France, l’apparition de nouveaux problèmes. Elle les regroupe sous l’appellation générique de « risques psycho-sociaux » et on y trouve en première ligne, le stress bien sûr.

Le Dr Patrick Légeron est psychiatre et directeur général du cabinet Stimulus, spécialisé dans la gestion du stress au travail. Dans son ouvrage le Stress au travail (publié aux Editions Odile Jacob), il dénonce la surcharge comme la première source de stress professionnel. Mais il cite également le « culte de la performance et du dépassement, l’anxiété de la performance » et même l’invasion des e-mails et... la réduction du temps de travail. « Autour de 20%, entre 20 et 30% suivants les études, de personnes au travail sont à des niveaux de stress et donc de souffrance extrêmement élevés. La réalité est importante, le phénomène est inquiétant. Là encore tous les indicateurs montrent que c’est un phénomène qui croît.

Du stress au karoshi

Une croissance bien réelle, et des conséquences désormais mieux évaluées. De plus en plus de maladies somatiques paraissent ainsi liées au stress professionnel. Au premier rang desquelles les maladies cardiovasculaires. D’après une étude finlandaise réalisée en 2002, le stress au travail doublerait ainsi le risque de décès par maladie cardiaque. Il serait aussi un facteur de risque aggravant d’hypercholestérolémie.

Sans oublier bien sûr un grand nombre de troubles psychologiques. De la simple anxiété à la mort par épuisement –ce que les Japonais appellent le karoshi- en passant par la dépression voire dans les cas extrêmes, le suicide.

Chaque année en France, 300 à 400 personnes mettraient fin à leurs jours pour des raisons professionnelles ! Les récents suicides survenus chez Renault et à la centrale nucléaire de Chinon sont donc loin d’être des phénomènes isolés. Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur la question, il semble que les hommes de plus de 40 ans soient particulièrement concernés. Et que les cadres soient un peu plus vulnérables, car particulièrement investis dans leur travail.

Dès 2002 la Commissaire européenne chargée de l’Emploi et des Affaires sociales, Anna Diamantopoulou, en appelait aux pays de l’Union pour que « le stress soit enfin reconnu comme un risque réel lié au travail. Pour traiter ce problème croissant, il est indispensable d’instaurer de bonnes pratiques de gestion du stress sur le lieu de travail » affirmait-elle. C’est à cette condition en effet que les lieux de travail resteront des lieux de construction de l’individu, plutôt que de sa destruction… En France, comme ailleurs.

Source : OIT, Caisse nationale d’Assurance-maladie, Interview de Patrick Légeron, avril 2007

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