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8 février 2012


Traitement des cancers : y a t-il un désert français ?

[28 juin 2006 - 00h00]
[mis à jour le 13 mars 2007 à 14h47]

Prévention, dépistage, soins, recherche mais aussi formation des personnels… Lancé en mars 2003, le Plan Cancer s’appuie sur 70 actions phares. Objectif : combler le retard accumulé par la France dans sa lutte contre des affections qui représentent la seconde cause de mortalité tous âges confondus. Et la première avant 65 ans. Un constat saute aux yeux : les Français ne sont pas égaux face aux cancers !

En France, selon la région, le département ou la ville où nous habitons, nous sommes inégaux face à la maladie et même face à la mort. En d’autres termes, les inégalités géographiques entraînent de véritables pertes de chances.

Le Pr Gérard Salem est un spécialiste de la question. Avec ses collaborateurs de l’Université Paris X – Nanterre, il vient de publier le deuxième volume de l’Atlas de la santé en France. En matière de cancers, il observe que « selon l’endroit où l’on habite et où l’on est pris en charge, la probabilité de décès varie dans un rapport de 1 à 4 ».

Globalement, la France est partagée en deux selon une ligne Le Havre-Marseille. Au Nord et à l’Est de cette diagonale, l’incidence est bien plus élevée que la moyenne nationale. Particulièrement du Nord-Pas-de-Calais à l’Alsace, dans une zone qui recouvre les anciens secteurs miniers et sidérurgiques.

De l’autre côté de cette ligne virtuelle, l’incidence des cancers est moins élevée. A l’exception de quelques zones industrialo-portuaires de la façade atlantique : Lorient, l’estuaire de la Loire ou Bordeaux. Gérard Salem et son équipe ont également observé des incidences plus élevées dans les grandes métropoles : Lille, bassins parisien et lyonnais, zones littorales méditerranéennes et dans les vallées de la Seine et de la Moselle.

De là à dire que les cancers seraient davantage urbains, il y a un pas que nous ne saurions encore franchir… En revanche, ces régions à incidences élevées sont-elles également celles où la mortalité est la plus importante ?

La précocité du dépistage change tout

Ce serait trop simple ! Prenons deux exemples : la Bretagne est caractérisée par une faible incidence mais une forte mortalité. Pour le Sud-Est, c’est l’inverse : forte incidence mais faible mortalité. Pour Gérard Salem, tout serait une question de précocité du dépistage. Tardif dans le premier cas. Précoce dans le second.

Ces différences s’expliquent-elles par des inégalités de fonctionnement du système de soins ? Oui, mais pas seulement. « C’est davantage la façon dont les gens vont se servir du système de soins qui est en cause » précise Gérard Salem. « Mais il faudrait tout de même une offre de soins adaptée aux besoins, dans chaque région. C’est vraiment là où le bât blesse en France ». Des besoins conditionnés notamment par les comportements à risques, typiques en fait de chaque région : une façon de boire, de manger ou de fumer. Par rapport aussi à un passé et notamment des risques professionnels auxquels les habitants sont plus ou moins exposés selon les régions.

Mais le système de soins aussi, peut être est en cause. Un exemple : le taux d’intervention chirurgicale pour un même type de cancer peut fortement varier d’une région à une autre. Dans certaines régions le taux d’intervention pour un cancer de la prostate, est 35% plus élevé que dans d’autres !

Parfois, les inégalités concernent aussi la pratique médicale. Prenons l’exemple de la chimiothérapie. La préparation des médicaments utilisés pour cette dernière doivent être réalisées dans un environnement très technique : avec unité isolée ou une hotte dite à flux laminaire, les opérations étant menées sous la responsabilité d’un pharmacien. Or aujourd’hui, seuls 38% des établissements réalisant des chimiothérapies répondraient à ces conditions…

Le Plan Cancer donc, doit faire évoluer l’organisation des soins en cancérologie. Un sacré programme. Chaque établissement devra garantir une organisation intégrant les diverses spécialités, fondée sur des référentiels validés et systématisant le travail en réseau. Au niveau de chaque région des pôles dédiés -les cancéropôles- doivent améliorer l’accès à l’innovation.

Ces régions sans centre régional de lutte contre le cancer…

Comme le souligne l’Institut national du Cancer, « l’objectif est de proposer à chaque patient un traitement personnalisé, conforme aux données actuelles de la science ». Autrement dit, de tendre vers un même niveau de qualité dans tout le territoire, quels que soient le lieu et le patient. L’Institut précisant que cette organisation devra être effective pour… le 1er janvier 2007 !

Restera ensuite à régler un autre problème : celui de la proximité des soins ! Encore une question de géographie ! A titre d’exemple, plusieurs régions françaises sont encore dépourvues d’un centre régional de lutte contre le cancer. Ces régions oubliées sont le Centre, la Corse, la Franche-Comté, le Limousin, la Picardie, le Poitou-Charentes et l’ensemble des DOM-TOM.

La carte de France comporte même un véritable désert dans le carré dessiné par la Vendée, le Tarn, l’Allier et le sud de la région Ile-de-France. Cette indigence oblige ainsi des patients de La Rochelle à se faire soigner à Nantes ou Bordeaux ! Avec dans les deux cas, des distances de 300 à 400 km aller-retour à parcourir…

Ces régions oubliées sont-elles également celles où l’incidence des cancers et la mortalité sont les plus élevées ? Apparemment pas. Et si l’on reste en Poitou-Charentes, Gérard Salem a même observé que cette région est « dans le vert » au niveau de la mortalité par cancers. Autrement dit, en dessous de la moyenne nationale ! Comme s’il existait une sorte d’exemplarité picto-charentaise… que notre géographe de la santé ne s’explique pas.

Le débat sur l’avenir des petits centres chirurgicaux est également d’actualité. Notamment ceux dans lesquels très peu d’interventions pour cancers sont pratiquées ! Prenons l’exemple du cancer du sein. En l’an 2000, un établissement sur 2 effectuait moins de 15 interventions par an. Et ils étaient plus de 200 à en faire moins d’une par mois ! Alors que la moyenne nationale est de 38 pas an, si l’on en croit le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du ministère de la Santé. Combien de centres seront-ils fermés ? Il est encore impossible de répondre à cette question bien délicate.

Source : Interview du Pr Gérard Salem, juin 2006 - Atlas de la Santé en France, Vol.2, éditions John Libbey Eurotext, 221 pages, 64 euros - Photo : André Létzel - Fotolia

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