32076 articles accessibles gratuitement
9 février 2012


Rougeole, hépatite B… la France est dans le rouge

[24 avril 2009 - 11h40]
[mis à jour le 24 avril 2009 à 12h22]

En cette semaine européenne de la vaccination, Destination Santé fait le point sur la situation de la France. Avec une couverture vaccinale contre l’hépatite B de 29% chez les nourrissons de deux ans, la France est de très loin le plus mauvais élève de l’Union européenne. Conséquence, les autorités s’attendent à une recrudescence du nombre de cas d’hépatite B et de cancers du foie.

Autre sujet d’inquiétude, l’augmentation ces deux dernières années des cas de rougeole. En cause là encore, la faiblesse de notre couverture vaccinale. Le virus de la rougeole circule actuellement avec vigueur dans plusieurs pays européens : la France, la Suisse, les Pays-Bas et le Danemark notamment. Plus de 500 cas ont déjà été diagnostiqués depuis le début de l’année et en 2008, l’Union européenne en a enregistré 5 600 !

Le virus circule d’autant mieux en fait, que de nombreuses idées reçues sont rabâchées sur la maladie elle-même, et sur les dangers supposés de la vaccination. L’occasion de faire le point une bonne fois pour toutes.

La rougeole est-elle une maladie bénigne ? NON. Elle est au contraire, potentiellement mortelle. D’après l’Organisation mondiale de la Santé, jusque dans les années 1970 près de 8 millions de personnes mourraient chaque année de complications rougeoleuses (pneumonie, encéphalite…). Et elle tue encore environ un malade sur 100 dans les pays pauvres, et un sur 1 000 dans les pays développés.

La rougeole est-elle une maladie de l’enfance ou de l’adolescence ? NON. Elle peut être grave à tout âge. Comme le soulignent les experts du site www.infovac.ch, « la rougeole n’est une maladie d’enfance que dans les collectivités qui ne vaccinent pas ». En Suisse par exemple, où l’on connaît actuellement une flambée de rougeole, sur les 3 400 cas recensés un tiers a plus de 15 ans et un sur cinq plus de 20 ans.

La rougeole renforce-t-elle l’immunité ? NON. Le virus provoque même une immunosuppression qui dure plusieurs mois. Autrement dit, le risque d’infection augmente dans les mois qui suivent une rougeole.

L’élimination de la rougeole est-elle possible ? OUI. Actuellement, le virus ne circule plus sur le continent américain ni en Australie. En Europe, des pays comme la Finlande, la Hongrie, la République Tchèque et le Portugal ont atteint une couverture vaccinale de 95% à l’âge de 2 ans, indispensable pour éliminer la maladie. En France, ce taux plafonne à 86%.

Rappelons enfin qu’en France, comme le souligne le ministère de la Santé, « la vaccination par le vaccin trivalent rougeole-rubéole-oreillons (RRO) est recommandée chez tous les nourrissons à l’âge de 12 mois, une seconde dose étant recommandée au cours de la deuxième année (entre 13 et 24 mois). Tous les enfants et adolescents nés en 1992 ou après (âgés de 24 mois à 16 ans en 2008), devraient avoir reçu deux doses de vaccin trivalent. Les personnes nées entre 1980 et 1991 (adultes âgés de 17 à 28 ans) n’ayant jamais été vaccinées contre la rougeole devraient avoir reçu une dose de vaccin trivalent ».

Hépatite B, cancers du foie : de sombres perspectives

« Il y a en France, une génération d’enfants sacrifiés. Ceux nés dans les 10 dernières années, qui n’ont pas été vaccinés contre l’hépatite B. Dans les pays où la vaccination est efficace, le nombre des cas d’hépatite B et de carcinome hépatique (le cancer primitif du foie, n.d.l.r.) diminue, mais attendons-nous à les voir augmenter en France… » Titulaire de la Chaire de Vaccinologie de l’Université de Genève, Claire-Anne Siegrist préside la Commission fédérale suisse pour les Vaccinations. Cette spécialiste internationalement reconnue est aussi la seule étrangère au comité qui conseille le gouvernement britannique sur ces questions… En cette Semaine européenne des vaccinations, son avis prend une résonnance singulière.

« Le jour où la France décidait d’arrêter de vacciner dans ses écoles, nous lancions nos programmes de vaccination scolaire » poursuit-elle. « Nous avons depuis, assisté à un véritable effondrement du nombre des hépatites B aigües en Suisse. Dans les cantons où 60% des adolescents sont vaccinés celui-ci a reculé de 90% et, là où seuls 40% des enfants sont protégés, le recul atteint malgré tout 60%. C’est logique : les adolescents ont des relations sexuelles entre eux. En protégeant un ado, on protège aussi ses partenaires… »

L’inverse est également vrai ! Fin 1998, lorsque Bernard Kouchner décide de ne plus vacciner systématiquement les adolescents, il est vigoureusement critiqué par l’OMS. Soulignant que « plus d’un milliard de doses (de vaccin) avaient été utilisées depuis 1981 avec un exceptionnel niveau de sécurité et d’efficacité », celle-ci dénonçait les « énormes pressions exercées (en France) par des groupes hostiles aux vaccinations24781 ».

« Une maladie « tout sauf rare »

Son choix surprit, car le ministre de la santé de l’époque soulignait la sécurité du vaccin … en décidant de ne plus l’utiliser chez l’une des populations les plus à risque. Or les événements signalés en France ne l’ont jamais été… qu’en France. En 2002, l’OMS réaffirme le bien-fondé de la vaccination. En 2003, un consensus international de l’INSERM basé sur un nouveau bilan de pharmacovigilance, recommande « la vaccination universelle de tous les nourrissons, un programme de rattrapage (…) à destination des enfants et des adolescents, le renforcement de la vaccination des personnes exposées et l’accompagnement (…) par des mesures d’information du grand public et des professionnels de santé ». Position réitérée en avril 2008 par le Haut Conseil de la Santé publique.

Claire-Anne Siegrist a participé à ce consensus. « Il était on ne peut plus clair. Or on attend toujours qu’il soit suivi d’effet. En réalité, les réponses des autorités de santé et des politiques (en France) ont été relativement molles, peu engagées…(Or) même dans les pays de faible endémie (comme la France, n.d.l.r.) le virus de l’hépatite B (VHB) est plus fréquent que celui du SIDA (VIH). Il y a donc plus de risque d’y être exposé qu’au VIH ». Or « le virus de l’hépatite B est 50 à 100 fois plus infectieux que le VIH », rappelle l’OMS.

Là est l’enjeu. Dans les pays de faible endémie, 0,5% de la population serait porteuse de l’antigène HBs traduisant une contamination par l’hépatite B. En France pourtant « un rapport de l’InVS publié en 2004 fait ressortir une proportion de 0,78% de porteurs » souligne notre spécialiste. Il y aurait donc 300 000 porteurs chroniques en France. Et comme « l’INSERM estime que l’hépatite B provoquerait chaque année 1 500 décès en France métropolitaine, (…) nous sommes en présence d’une maladie qui est tout sauf rare ».

Le virus de l’hépatite B est ainsi à l’origine d’une transplantation hépatique sur dix en France. A Taïwan pays vaccinateur, la mortalité par hépatocarcinome chez les moins de 15 ans a été réduite de plus de moitié entre 1984 et 1990. Mais dans l’état actuel des choses, les observateurs s’attendent à ce que le nouveau « plan de lutte » lancé en France au mois de février ait essentiellement un effet… d’annonce.

Vaccins : chaque dose compte

La qualité de la réponse vaccinale dépend en fait, de plusieurs facteurs : la nature du vaccin, l’âge et le statut immunitaire de celui ou celle qui le reçoit. Les vaccins recombinants inactivés ou conjugués sont habituellement administrés à raison de deux doses ou plus, dont des rappels. C’est le cas par exemple des vaccins contre la diphtérie et le tétanos.

Concernant les vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) ou contre la varicelle, la première dose permet d’obtenir dans 80% à 85% des cas, un taux d’anticorps satisfaisant. Mais comme dans 15% des cas la réponse à la première dose n’est pas suffisante, une dose supplémentaire est indispensable.

Le schéma de vaccination contre le cancer du col de l’utérus repose lui, sur 3 injections : les deux premières sont séparées d’un mois, la troisième intervient six mois après la première. L’injection initiale induit une première réaction immunitaire. La seconde dose va renforcer cette réponse initiale et la troisième enfin, augmentera les taux d’anticorps. L’objectif est ici de consolider la réponse immunitaire pour que l’organisme se défende très rapidement en cas de nouvelle infection par les virus HPV.

« Il est évident que les deuxième et troisième doses sont absolument primordiales », précise le Pr Roman Rouzier, gynécologue à l’hôpital Tenon (Paris). « C’est ainsi que les vaccins ont été développés. Et c’est avec ce schéma vaccinal que l’on a démontré leur efficacité » Il y a aussi une autre explication, livrée par le Bulletin suisse InfoVac . « Les deux premières doses induisent une protection transitoire et des cellules mémoires. Ces dernières ont besoin de plusieurs mois pour se développer, et la protection ne durera longtemps que si un intervalle de plusieurs mois est respecté avant la 3ème dose. Cette règle est valable pour tous les vaccins non-vivants : hépatite B, cancer du col de l’utérus, polio… »

Avant de partir à l’étranger, pensez vaccins…

Dengue, fièvre jaune, paludisme, poliomyélite, hépatites A et B… Avec la multiplication des déplacements aériens, les maladies qui sévissent à l’autre bout du monde nous deviennent proches. Pour ne pas ramener de mauvais souvenirs, prenez le temps de bien préparer votre voyage…

Bien avant de partir, vérifiez si vous êtes bien à jour des vaccinations de base : tétanos, poliomyélite, coqueluche, hépatites A et B, diphtérie et ROR (rougeole, oreillons, rubéole). Et comme il n’existe pas de programme vaccinal unique ou identique pour tous, renseignez-vous « toujours » sur les vaccinations spécifiques recommandées ou obligatoires dans la région où vous vous rendez. Avant de partir donc, consultez les « fiches santé » classées par pays disponibles sur le site du ministère des affaires étrangères à www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs_909/index.html.

Le calendrier vaccinal 2009 est là !

Le Bulletin épidémiologique Hebdomadaire (BEH) publie le calendrier vaccinal 2009. Plusieurs nouveautés sont à signaler. Notamment en ce qui concerne les vaccinations contre les hépatites A et B et les infections à pneumocoque.

Tout d’abord, le vaccin contre l’hépatite A : ce vaccin est désormais recommandé pour tous les enfants originaires de pays à forte incidence. Mais également aux membres des communautés vivant dans des conditions d’hygiène précaire. Quant à la vaccination contre l’hépatite B, si elle n’est toujours pas obligatoire, elle est « recommandée en priorité » pour les nourrissons, les enfants et les adolescents. Cette situation est pour le moins surprenante, compte-tenu de la très faible couverture vaccinale en France. Entre 25% et 30% des nourrissons seulement serait effectivement vaccinés… contre 90% en Italie ou en Allemagne par exemple. Les spécialistes espèrent toutefois que le nouveau vaccin héxavalent, pris en charge par l’assurance-Maladie depuis plus d’un an, changera la donne. Il protège en effet contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite, les infections à Haermophilus Influenzae de type B (Hib) et l’hépatite B.

Autre innovation 2009, les infections à pneumocoque. La vaccination chez le nourrisson a été simplifiée par la suppression d’une dose en primo-vaccination.

Une dernière remarque enfin, concernant la rougeole. Les enfants doivent toujours systématiquement, à l’âge de 24 mois, avoir reçu deux doses du vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). La première dose est recommandée à 12 mois, et la seconde entre 13 et 24 mois. L’objectif est toujours le même, augmenter la couverture vaccinale qui plafonne à 87%, au lieu des 95% recommandés par l’OMS.

Résultat, l’année 2008 en France a été marquée « par une très forte résurgence de cette maladie » insiste dans un éditorial le Pr Daniel Floret, Président du Comité technique des Vaccinations (CTV). Six cents cas ont ainsi été notifiés en France durant les 12 derniers mois. Des cas de rougeole nosocomiale ont même été observés, soulignant l’absence d’adhésion de certains professionnels de santé aux recommandations vaccinales…

Source : InfocVac (Suisse) n°2/2009 – Organisation mondiale de la Santé – Ministère de la Santé ; BEH, 16-17/ 20 avril 2009 ; Entretien avec le Dr Claire-Anne Siegrist, 25 mars 2009 ; OMS, 1998-2008 ; InVS, 2004 ; InfoVac, mars 2009 ;Interview du Pr Roman Rouzier, 20 février 2009.

Imprimer cette dépêche
Imprimer cette dépêche
Partager sur Facebook
Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Partager sur Twitter
Partager sur Google+
Envoyer le lien à un ami
Envoyer à un ami
Consulter au format PDF
Transformer en pdf
Obtenir une délégation de copyright
Délégation de Copyright