Le VIH/SIDA : une pandémie entre deux futurs
[mis à jour le 22 août 2007 à 15h24]
Des millions de morts chaque année. Chaque année toujours, des millions d’orphelins et de familles décimées. Le responsable, c’est le VIH/SIDA. Toujours et encore… Lundi 1er décembre, ce sera la Journée mondiale contre la maladie. Et si les traitements sont de plus en plus efficaces, les contaminations elles, connaissent une hausse dramatique.
Cinq millions de personnes ont été infectées par le VIH dans le monde cette année. Et pas moins de 3 millions en sont mortes. Ainsi la pandémie ne montre-t-elle aucun signe de fléchissement. Les chiffres observés en 2003 sont sans précédent. Et sur 5 millions de nouveaux cas en 2003, plus de 3 millions ont été contractés en Afrique. Et 2,3 millions de morts ont éprouvé ce continent !
L’infection progresse comme jamais. En Afrique australe, un adulte sur cinq vit avec le VIH-SIDA. Le taux de contamination va de 1% en Mauritanie jusqu’à 39% ( !) au Botswana et au Swaziland. Une épidémie qui, en Afrique subsaharienne, frappe sélectivement les femmes. Et plus spécifiquement les femmes jeunes : entre 15 et 24 ans, elles ont 2,5 fois plus de risque d’être infectées que les jeunes gens de leur groupe d’âge !
Sur les autres continents et particulièrement en Europe de l’Est, en Russie mais aussi en Chine, en Inde et en Indonésie, le péril grandit pour des raisons différentes. La transmission y est due à la consommation de drogues injectables et aux rapports sexuels non protégés. Dans des pays comme la Pologne, certains clients vont jusqu’à payer un supplément aux prostituées pour qu’elles n’utilisent pas de préservatif ! En Europe orientale et en Asie centrale, les femmes représentaient 24% des nouvelles infections en 2002. En 2003, cette proportion atteint 33%.
A l’occasion de la Journée mondiale, l’OMS présentera les détails de sa stratégie globale de traitement, lancée sous le nom de 3 X 5. Objectif : fournir des traitements antirétroviraux à 3 millions de personnes d’ici 2005. Une stratégie qui n’aura aucune chance d’aboutir sans « des appuis financiers et logistiques accrus de la communauté internationale » comme l’a souligné le Dr Lee Jong-Wook, Directeur général de l’OMS. Un argument qu’il n’a certainement pas manqué de rappeler au Président français, Jacques Chirac, à l’occasion de leur rencontre du 5 novembre au Palais de l’Elysée.
Car aujourd’hui dans les pays en développement, 6 millions de personnes infectées par le VIH ont un besoin immédiat de traitement antirétroviral. Mais à peine 300 000 d’entre elles y ont effectivement accès. Soit seulement un malade sur 200 !
Plus de 14 millions d’enfants orphelins à cause du VIH/SIDA !
Conséquence, les 14 millions d’enfants dans le monde qui ont perdu l’un de leurs parents, voire les deux, ne bénéficient d’aucune politique nationale susceptible de les soutenir. Ce chiffre pourrait s’élever à 25 millions d’ici à 2010 si rien ne vient bouleverser le cours des choses… Actuellement, seuls quatre pays mettent en place des politiques pour prendre en charge ces enfants. Il s’agit du Cambodge, de la Namibie, de l’Ouganda et de la Tanzanie. Parmi les autres pays, un sur quatre ne prévoit pas, même à terme, de formuler quelque stratégie que ce soit en faveur du soutien à ces orphelins.
Mais il y a bien d’autres chiffres très inquiétants : moins de 5% des consommateurs de drogues injectables bénéficient des services de prévention qui leur seraient nécessaires. Et dans un pays d’Afrique sub-saharienne sur quatre, la moitié seulement des patients atteints d’infections sexuellement transmissibles sont correctement diagnostiqués, conseillés et traités… Ainsi, dans un monde sans frontières où les échanges nord-sud de populations sont permanents, il est bien difficile de s’abriter derrière l’éloignement pour clamer que l’on n’est pas concerné…
L’un des buts assignés aux Etats membres pour 2005 consistait à faire en sorte qu’au moins huit femmes enceintes sur dix aient accès à l’information, au conseil et à un traitement permettant de prévenir la transmission du VIH à leurs enfants. Malheureusement, il semble bien qu’à ce jour ces services restent pratiquement inexistants dans les pays les plus durement touchés.
Le Dr Dider Delavelle est responsable au sein du laboratoire Boehringer Ingelheim d’un programme chargé de coordonner les dons d’un antirétroviral, la névirapine. « L’OMS estime que chaque année 800 000 enfants naissent, contaminés par leur mère séropositive. Ce chiffre est dramatique et d’autant plus dramatique qu’il existe aujourd’hui des thérapeutiques, des protocoles qui permettent d’éviter cette contamination », affirme-t-il.
Le programme de dons mis en place dans plus de 44 pays est précisément destiné à prévenir la transmission mère-enfant. Alors que dans le cadre des programmes thérapeutiques standard le prix du médicament est réduit de 85% par rapport aux conditions de vente dans les pays développés – ceux qui sont membres de l’OCDE – dans le cas d’espèce le médicament fait l’objet d’un don pur et simple.
« L’observance dans les pays en développement est superposable à celle des pays riches »
Evidemment bien accueilli, ce programme est un véritable succès dans les pays où la mobilisation locale est la plus profonde. « Nous avons donné au Cameroun depuis l’an 2000 des antirétroviraux. A ce jour 80 000 femmes ont été dépistées. Parmi elles 800 ont reçu notre antirétroviral en prévention de la transmission mère-enfant du VIH. Le Cameroun fait partie des pays qui sont le plus avancés, le plus engagés, dans la lutte contre le VIH SIDA. C’est essentiel, car ce type de dons nécessite des infrastructures administratives et sanitaires performantes ».
Ce type de programme montre également que l’observance de ces patients est bien plus élevée que l’on ne l’imagine. Certains pensent en effet que les malades des pays en développement n’ont pas le même comportement face au traitement que ceux des pays développés. Une idée reçue remise totalement en question par une récente étude publiée dans le journal scientifique The Lancet. Laquelle a montré précisément, que l’observance des patients atteints du VIH/SIDA en Afrique du Sud était supérieure à celle de bien des malades de pays dit riches.
Dans le cadre du programme de dons qu’il supervise, Didier Delavelle a également observé le même phénomène. « l’observance dans les pays dits du Sud est strictement superposable avec l’observance dans nos pays. Les effets secondaires qui dans les pays développés pourraient amener un patient à interrompre son traitement ont tendance à être négligés dans les pays en développement. Ce qui permet souvent une meilleure observance », souligne-t-il.
Prévention, éducation thérapeutique, accès aux soins… Depuis 5 ans la Fondation d’entreprise GlaxoSmithKline a mis en place et soutenu 18 programmes de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique. Cette année, 13 nouveaux projets seront mis en œuvre. En 1999, la Fondation a soutenu un programme d’éducation thérapeutique au Maroc pour les patients infectés par le VIH/SIDA et sous traitement anti rétroviral. Coordonné par le Pr Hakima Himmich, du CHU de Casablanca, ce travail a considérablement amélioré l’observance des patients, qui est passée de 70% au début de l’étude à… 91% au bout d’un an !
La honte est toujours associée au VIH
Au total, 390 malades sous antirétroviraux ont bénéficié de séances d’éducation et de conseils. La majorité d’entre eux estiment avoir retiré un bénéfice de l’opération, que ce soit en termes de qualité de vie ou d’accès aux soins. L’existence d’un lieu d’information, d’écoute et de dialogue qui leur soit réservé paraît d’autant plus importante qu’ils peuvent également y bénéficier d’un soutien psychologique. Comme on le voit, les actions d’ordre privé, ça marche ! Le seul bémol pourtant, c’est qu’elles sont trop souvent menées de manière isolée. Chacun travaille de son côté en quelque sorte.
Le VIH/SIDA est aujourd’hui plus meurtrier que les guerres… Le SIDA s’est élevé au niveau d’une véritable crise du développement. Ses conséquences sociales et économiques sont ressenties non seulement dans le domaine de la santé, mais aussi dans ceux de l’éducation, de l’industrie, de l’agriculture, des transports, des ressources humaines et de l’économie en général.
En Afrique subsaharienne, les rapports sexuels non protégés sont de loin le mode de transmission prédominant. L’OMS insiste donc pour que des programmes de prévention privilégient une sexualité à moindre risque. Pas si facile pour le Dr Didier Delavelle. « Il est évident que parler de prévention quand dans la culture du pays on ne parle pas de pratiques sexuelles et donc de l’éventuelle prévention qui va avec, c’est extrêmement difficile ».
Et cela d’autant plus que la stigmatisation et la discrimination à l’égard des victimes du VIH/SIDA ne faiblissent pas, bien au contraire. Le thème retenu par l’ONUSIDA l’an dernier, et cette année encore pour la Journée mondiale contre le SIDA, nous rappelle que la honte est toujours associée au VIH.
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