Comment concilier jeûne et santé ?
[mis à jour le 12 septembre 2007 à 17h10]
Pour plus d’un milliard de Musulmans à travers le monde, le Ramadan est un mois durant lequel ils commémorent la révélation du Coran. Cette période sacrée de l’année est synonyme de jeûne pour la majorité d’entre eux. Du lever au coucher du soleil, les croyants doivent se livrer à une abstinence totale. Cela signifie ne pas boire, ne pas manger mais aussi ne pas se traiter médicalement. Mais un jeûne -sawm en arabe- n’est jamais anodin. S’il est prolongé, il peut même avoir de sérieuses conséquences sur la santé.
Le Ramadan est le 9ème mois du calendrier lunaire islamique. Cette année il commence le 15 octobre. L’imam de la Mosquée de Paris, Rachid Ouzani, nous en résume l’esprit. « Ce pilier de l’islam est un rappel à la droiture, à la charité. Il faut donc profiter de cette adoration afin d’être toujours dans le bon chemin. Et pour cela il faut jeûner ». Mais que se passe-t-il quand on jeûne ? Comment notre corps réagit-il lorsqu’on arrête de s’alimenter ?
Le Dr Patrick Serog est un éminent nutritionniste français de la Faculté de Médecine Xavier Bichat, à Paris. Il nous explique qu’« au cours d’un jeûne, la personne commence par consommer le sucre présent dans son corps. Le sucre du foie, des muscles – mais en moindre quantité n.d.r.l. – et puis rapidement l’organisme passe aux graisses. Ces dernières vont être utilisées comme source d’énergie, et donc fondre jusqu’à ce que la personne s’alimente à nouveau ».
On distingue deux phases dans un jeûne : une phase d’adaptation, et une autre d’équilibre. La première dure à peu près 10 jours. C’est généralement celle qui est le plus susceptible de poser des problèmes. Normal, car notre organisme passe brusquement de son régime habituel à un régime de rigueur ! Mais franchi ce cap, notre corps s’habitue. D’une certaine manière il s’équilibre automatiquement.
Conséquence, une perte de poids inévitable. Elle découle du processus de nettoyage de l’organisme. Mais ne vous inquiétez pas, elle n’est pas dangereuse. En fait, elle ne se produit pas aux dépens des tissus vitaux. Seules les substances superflues sont brûlées par notre organisme. Notamment les graisses et les déchets. L’adaptation du corps s’effectue sur le tissu adipeux, autrement dit sur le tissu gras. Ce dernier constitue la réserve d’énergie de l’organisme. Il va donc s’adapter en fonction des besoins de la journée.
Le jeûne court ? Pas très éprouvant pour l’organisme
Le Ramadan est un jeûne court. Sur une journée, il ne dépasse jamais dix heures. Le premier repas est généralement pris entre 6 heures et 8 heures du matin. Le jeûne est ensuite rompu vers 18 heures (mais tout dépend de la position géographique du pays). Quant au dernier repas - le shor en arabe - il survient entre 2 heures et 5 heures du matin.
Dans ces conditions, l’organisme n’a pas le temps de manquer d’énergie. Et d’un point de vue médical, les risques pour la santé sont nombreux - fatigue, vertiges, somnolence... - mais sans gravité. Vous êtes bien portant ? Ne souffrez d’aucune maladie ? Alors tous ces désagréments disparaîtrons après avoir mangé. Rien de sérieux donc.
Mieux, la période de jeûne peut être bénéfique pour notre corps. Ce dernier va se mettre à brûler des graisses qu’il n’a jamais l’occasion d’éliminer. Des réserves inutiles qui encombrent l’organisme en temps normal.
A ce niveau l’eau joue un rôle essentiel. Sodas et autres jus de fruits sont à bannir ! Seule l’eau va aider notre corps à se débarrasser de toutes sortes de déchets. Ne vous en privez surtout pas !
Boire beaucoup. C’est donc le conseil par excellence pour éviter toute complication durant votre jeûne. La consommation d’eau doit impérativement passer d’un litre et demi par jour en temps habituel, à deux litres et demi voire trois litres.
Mangez tranquillement !
Côté nourriture, quelques conseils sont à retenir. Même si cela peut paraître paradoxal, il ne faut jamais manger lorsqu’on a trop faim. Pourquoi ? Parce que la sensation de faim ne s’épuise qu’après s’être nourri...
Résultat, vous allez trop manger par rapport aux besoins de votre organisme. La grande règle, s’alimenter après que la sensation de faim ait été surmontée. Le meilleur moyen d’y arriver est de manger un sucre d’assimilation rapide.
Une petite barre de céréales fera largement l’affaire. Vous n’aimez pas les céréales ? Pensez alors à un stimulant, comme une tasse de café par exemple. Essayez et vous verrez ! Un petit quart d’heure d’attente suffira pour réduire votre sensation de faim. Le but est de réussir à manger la tête reposée. Et donc d’éviter les troubles digestifs comme les ballonnements et les douleurs gastriques.
Pour cela, respectez la méthode suivante : commencez par patienter un petit peu, puis mangez légèrement. Attendez de nouveau pour que la sensation de faim ait baissé et ensuite, alimentez-vous normalement. Normalement ne signifie pas manger deux sandwichs comme on le ferait un soir « normal » par exemple.
Non, pour bien vivre son jeûne, il faut respecter des principes culinaires fondamentaux. Pour Patrick Sérog « il est important de commencer par manger des protéines en quantité suffisante, pour ensuite passer aux sucres lents. Vous les trouverez notamment dans les pâtes, le blé, les légumes secs. Et enfin, manger une petite quantité d’acides gras essentiels sous forme d’huile de colza, de soja ou de noix ».
Le Ramadan, compatible avec une vie professionnelle
Mais le jeûne peut avoir des effets différents de ceux déjà évoqués. Sur la vie professionnelle notamment. Durant le Ramadan, beaucoup se plaignent de maux de têtes et de troubles de la concentration. Même si le jeûne d’une journée est, d’après le Dr. Sérog « parfaitement conciliable avec un travail. Mais une étude marocaine montre que dans les pays où l’on pratique ce jeûne, la rentabilité du travailleur est diminuée d’environ 50 % ». Oui mais cette même étude révèle aussi que la majorité des Musulmans vivent convenablement leur jeûne...
Attention cependant : il n’est pas conseillé quand on jeûne, d’avoir une activité sportive prolongée. Un sport d’endurance impose à notre organisme un ravitaillement important en glucides... impossible lors d’un jeûne. Les risques d’une hypoglycémie ou d’un malaise sont alors sérieux.
Le Ramadan serait donc compatible avec une vie normale ? Pas vraiment. Ou plutôt tout dépend de la santé de chacun. En fait l’islam ne prescrit pas formellement le jeûne pour tout le monde.
L’imam Rachid Ouzani nous confirme que « dans le droit musulman, les personnes âgées, les enfants et les femmes enceintes ou qui allaitent ont une dispense. Car ils sont dans l’incapacité de jeûner ». Une souplesse qui repose sur des décisions médicales strictes. Les explications du Dr Sérog.
« La femme enceinte peut jeûner exceptionnellement pendant une journée. Mais cela est vivement déconseillé. Le fœtus est très sensible aux variations alimentaires. Et le manque de vitamines et de minéraux sont préjudiciables à son développement ».
D’un point de vue médical, le jeûne prolongé est formellement interdit aux malades. Il est dangereux car il aggrave un éventuel déséquilibre métabolique. Autrement dit tous les déchets que le corps fabrique. Ainsi, les maladies chroniques, cardio-vasculaires, rénales et hépatiques sont aggravées par le jeûne.
Le cas du diabète est particulier. C’est une pathologie difficile à équilibrer au quotidien. Toute l’année, le diabétique doit minutieusement doser son apport en glucides. Mais pendant le Ramadan, le traitement est mis de côté. Conséquences, les risques d’hypoglycémie durant la journée et d’hyperglycémie durant la nuit deviennent importants. Mais si vous décidez tout de même de jeûner voici quelques conseils
- Tout au long de la journée, surveillez bien votre glycémie ;
- Lors des repas, évitez les pâtisseries et les sucreries ;
- Si possible alimentez-vous trois fois par jour ;
- Buvez de l’eau en évitant les boissons sucrées ;
- Et enfin, suivez les prescriptions de votre médecin !
Pour l’organisme, le jeûne représente toujours une épreuve. Mais il n’est pas dangereux pour la santé. Et contrairement à une vieille croyance, il ne prolonge pas la durée de la vie, mais ne la raccourcit pas non plus. Le jeûne est juste une affaire de religion. De pratiquement toutes les religions. Ce n’est donc pas une affaire de santé.
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